| Interview
de Petit Vodo
pour
le journal 20 minutes
par
Wilfried Benon

Tu
fêtes en 2007 tes dix ans de scène, quel regard portes-tu
sur ce parcours ?
Je
n'aurais pas parié sur une telle longévité.
Elle se justifie grâce aux quatre albums sortis, l'engouement
des anglo-saxons pour ma musique et le soutien inestimable de mes proches.
J'ai joué dans au moins 500 clubs partout en Europe, dans des
centaines de salles et des dizaines de festivals, parcouru seul ou en
équipe au moins l'équivalent d'un tour du monde. En avion,
en train, en van, en 403, sur une dépanneuse, en bus, à
pied ! Perdu une bonne trentaine de chaussettes et une douzaine de caleçons
dans les hôtels. Cassé des centaines de cordes (surtout
les 3 premières années !). Rencontrer de merveilleux artistes
comme André Williams, Mike Patton, RL Burnside et T-Model Ford.
J'ai conseillé beaucoup d'artistes qui ont aujourd'hui fait carrière
(je ne les citerai pas, parfois ça me fout les boules !). Je
me suis aussi fait "balader" par les marchands de tapis de
tous azimuts !
Mais le plus important c'est que j'aie gardé le cap. Je n'ai
pas essayé de ressembler à qui ou quoi que ce soit. Je
n'ai pas cédé sur les moyens ni sur les buts de mon travail
de composition. J'ai souvent préféré changer les
équipes ou de maison de disques plutôt que de vouloir coller
à une étiquette. Certes, je traîne quelques casseroles
derrière moi, mais j'ai l'impression que le poids s'allège
avec le temps.
Je suis passé de la formule "Performer One Man Band"
à celle d'auteur compositeur interprète. Et ça,
c'est pas donné dans le milieu boueux de l'underground.
Mais malgré tout je garde un regard amusé sur ces dix
ans. J'ai l'impression que les choses sérieuses arrivent enfin.
J'aimerai que le public ne m'enferme pas dans une image étroite
et aille à la rencontre de mes albums et de mes concerts. Mon
nouvel album fait la part belle à cette probable rencontre.
Comment vas-tu célébrer cet anniversaire
?
Tout
d'abord pour moi cet anniversaire coïncide avec un lieu : Le Krakatoa
de Mérignac dans la périphérie bordelaise. L'équipe
de Transrock, l'association qui gère la programmation, m'a offert
sa scène pour la première fois en 1997. C'était
en première partie de Joseph Arthur. En fêtant mes dix
ans au Krakatoa, c'est un hommage que je veux rendre à la formidable
équipe de Didier Estèbe qui, comme moi au cours de ses
dix dernières années, a connu les pires et les meilleurs
revirements. Il était légitime que cet anniversaire ait
lieu ici. Ils m'ont soutenu à toutes les époques de ma
vie artistique et rendu des services immenses. C'est au sein de leur
pépinière d'artistes que j'ai appris le B.A.-BA du métier
avant que l'équipe du FAIR ne prenne le relais en 1999.
Mais le plus important ce n'est pas de fêter mon anniversaire
mais plutôt d'offrir au public un plateau original. Didier Estebe,
le directeur de Transrock, m'a donné carte blanche pour la programmation.
Je me suis inspiré des idées que j'ai rencontrées
en Angleterre. A Londres, il existe une association "Not The Same
Old Blue Crap" qui monte des plateaux incroyables et inédits
au Spitz, un club derrière la City. L'idée, largement
accompagnée par le magazine Mojo et le label US Fat Fossum, est
de rassembler la fine fleur d'un renouveau du blues débarrassé
de ses poncifs Chicago et consorts. J'ai eu l'occasion d'y être
programmé plusieurs fois ainsi que mon ami Eric Bling. On peut
y entendre des stars comme Jon Spencer côtoyer des perles rares
tout droit sorties des bas fonds du middle West américain, des
prisons ou des bleds perdus du Mississippi. La musique jouée
ici est âpre, dure, rugueuse, sans concession. Elle offre le blues
dans sa plus minimale définition. Elle vous prend aux tripes
avec des moyens dérisoires. Aussi, j'ai voulu initier cet état
d'esprit dans l'opération du 2 février au Krakatoa.
Je fais venir Dennis Hopper Choppers de Londres (à mon avis la
plus belle affiche du soir) que j'ai justement rencontré au Spitz
de Londres. les suisses Hell's Kitchen que j'ai découvert lors
du festival de Cognac l'été dernier et qui me font penser
à un croisement curieux de Captain Beefheart et de Doo Rag. Mon
ami de longue date Eric Bling qui sort son second album et enfin Red
qui est l'un des rares artistes français à s'inscrire
dans les marges du blues pour en sortir une musique sombre et singulière,
à l'ouest complet de toutes les propositions entreprises dans
le pays, excepté la mienne !
Pour finir, j'ai invité des artistes qui monteront sur scène
avec moi pour quelques titres. Mais chut, c'est une surprise...
Peux-tu
nous parler de ton dernier album "Paradise" sorti chez Lollipop
Records ? Comment s'est passée sa réalisation ?
Chaque
album est une aventure. Vraiment.
L'histoire de Paradise débute en 2005. A cette époque,
je finissais la tournée "Little Big Pig" avec mon trio
The Majestic Double Nips et je travaillais pour la chorégraphe
Emmanuelle Huynh sur la pièce de danse contemporaine Heroes.
Je posais entre deux pas de danse des accords "nouveaux" pour
moi, pas "naturels". Je voulais explorer la guitare comme
jamais auparavant. De cette démarche sont très vite nés
les titres "Please Sister", "Don't You Know?" et
"Skip James At Paradise". A la même époque j'ai
construit un petit local "home studio" dans une dépendance
de ma maison dans la campagne du Nord landais. Le fait de "construire"
moi même (avec l'aide de mon bassiste Ed Majestic) posait concrètement
les bases de Paradise: A chaque plaque de plâtre, chaque brique
et fil électrique, je donnais naissance à cet album.
En mars 2006, alors que j'avais achevé l'écriture des
onze titres de l'album, je fus mêlé à une sombre
histoire. Ma vie en fut totalement bouleversée ! J'ai failli
tout abandonner, baisser les bras. Mon quotidien était devenu
un enfer. Certains de mes amis se faisaient oublier. Certains, sauf
un ami sincère : Denis Barthe des Noir Désir, qui m'a
permis de remonter la pente et de croire encore en mes compositions.
C'est donc chez lui dans son "ranch" que j'ai enregistré
cet album.
Je me suis entouré de personnes qui comptent dans ma vie privée
et artistique. Beaucoup d'invités féminin/masculin sont
présents. La production est riche et aboutie. J'ai voulu un son
à la fois minimal et dense comme dans "New York" de
Lou Reed où les disques des Lounge Lizards. Les compositions
sont très "écrites" et les textes plus aboutis
que sur mes précédents disques. Je me suis fait aider
par une sympathique canadienne pour la finalisation des textes.
Pour la première fois, Eric Bling n'est pas intervenu sur cet
album au profit plutôt de la vision de l'artiste Valoy qui m'accompagne
en tournée depuis plus de quatre années.
Pour finir, j'ai moi-même pensé et réalisé
la pochette. Stéphane Signoret le boss de Lollipop Records à
Marseille m'a fait entièrement confiance et m'a laissé
quartier libre pour la production d'un digipack.
J'ai un faible pour le vinyle car on trouve dessus un titre supplémentaire
"Low Down Day" qui est une version différente de "Up
Down Day", lourde, crasseuse et très rock and roll au bout
du compte...
Quels
sont tes autres projets pour 2007 ?
Tournées, albums... ?
Tout
d'abord tourner beaucoup et surtout en France. Une nouvelle boîte
de production a pris en main la direction de ma tournée, Anapurna
Prod. Je veux faire découvrir cet album à tous les français.
Grâce aux divers forums et blogs (comme MySpace) sur le net, je
sais qu'une génération nouvelle se mobilise autour de
mon travail. Paradise propose des titres plus consensuels que sur mes
précédents albums et doit pouvoir je l'espère rassembler
des catégories différentes d'oreilles. Je vais développer
le travail scénique avec une équipe soudée. Miss
Caroline, une amie multi instrumentiste originaire de Rouen et qui joue
un rôle clé sur scène. Avec Valoy aux manettes son,
le show fusionne avec l'album dans une même dimension acoustique.
Stan L. est un jeune et talentueux photographe et créateur de
lumière à qui j'ai confié la singulière
tâche d'illuminer mes concerts.
A côté de cette tournée, je désire sortir
"Rare and Well Done volume 2" réunissant des enregistrements
inédits sur mon label les Disques Atomic. Ce second opus aura
une couleur très Rock and Roll et garage.
Puis si tout va bien je partirai en pèlerinage à Saint
Jacques de Compostelle avant de commencer à écrire le
cinquième album... Mais j'espère que d'ici là le
public et les médias auront changé ma vie, voire même
bouleversé mes projets. |